LÉGENDE DU FOSSÉ DU DIABLE

Le diable se promenait un soir dans le FRAU, et rencontrant les moines, paria aux maîtres de céans, d'entourer, durant la nuit, tout le DESGANHAZES d'un large et profond fossé et de terminer le cercle avant le premier chant du coq. La possession du lieu et des habitants devait être, s'il l'achevait, la récompense de son œuvre.

Là-dessus, moines de jurer ; diable de répliquer, moines de se piquer ; diable de se moquer : le pacte est conclus.

Mais, hélas! Qui fut bien attrapé et fort perplexe... de voir s'avancer sur le FRAU des légions d'êtres noirs, avec des pioches, des chariots, avec des ricanements et des jurons... piochant et hurlant!
La terre vole, les arbres s'arrachent, les diables redoublent d'efforts ; le fossé se dessine, déjà il s'allonge, s'allonge encore...

Bientôt les deux bouts s'aperçoivent, en un rien ils vont se toucher. Encore cinq cents pas, encore trois cents, encore deux cents, encore cent... encore vingt pas!

Et vous pensez si nos moines ont de la peine et comme ils ne rient plus; ils s'effrayent et s'affolent jusqu'à oublier de prier!... Autant les moines pleurent, autant les diables rient et regardent triomphalement la nuit qui doit durer encore...

Quand tout à coup (serait-il possible?) un petit et mince cri, se fait entendre: KI-KI-RI-KI! Murmure une faible voix. Mais est-ce le chant du coq, ce petit et mince cri, qui recommence et s'obstine?
"Non ! rugit le diable, un instant interdit, ce n'est pas le chant du coq"... Mais voici qu'en réponse à cet appel, le poulailler du couvent enfin s'est réveillé, surpris et étirant ses ailes, le coq entonne un retentissant et triomphal : COCORICO !

Tandis que chacun perdait la tête, le petit pâtre du couvent avait eu l'ingénieuse idée, avec son petit sifflet de frêne, de réveiller la basse-cour. Il était temps. Le diable était battu : avec un bruit d'enfer, il dut rentrer ses pioches, et le fossé resta inachevé...

Il l'est encore, et le nom de fossé du diable lui est resté : « lo vallat del diablé »


En 2010 un glissement de terrain, provoqué par l’exploitation d’IMÉRYS, a entrainé une partie du fossé de franchise dans la trou de la carrière ... Une plainte a été déposée par le GADEL en Juillet 2011 au tribunal de grande instance de Cahors ... Son jugement n’a toujours pas eu lieu.



Extraits du livre de l’abbé LACAVALERIE « Dégagnazès en Quercy – 1934